Avoir 55 ans et chercher du boulot. Hors-série #2
Ou comment Gwenaëlle a secoué Linkedin et nous met face à une réalité qu'on ne peut pas ignorer : celle de la précarité des seniors.
Gwenaëlle a fait bouger Linkedin récemment avec ses publications sincères et touchantes sur son invisibilité professionnelle, sa difficulté à trouver un nouveau job à 55 ans et son retour chez sa maman pour se mettre à l’abri.
J’avais envie de lui donner la parole pour que son message puisse perdurer encore un peu, au-delà de son audience sur ce réseau social.
Gwenaëlle, je te laisse te présenter …
Gwenaëlle, 55 ans, maman solo de 2 enfants 22 et 23 ans. Ma fille est étudiante en 3ème année de biologie et mon fils est ingénieur dans une boite de BTP. Je vis à Toulouse depuis 30 ans.
Un parcours pro atypique, j’ai commencé comme vendeuse à Paris, puis dans la région toulousaine, j’ai été commerciale pour une société d’édition de cartes postales. Licenciée économique, j‘ai créé avec des illustratrices une SCOOP Lili Safari. Nous n’avons pas survécu à la crise des subprimes. Face à cet échec, j’ai repris mes études pendant une année à l’AFPA comme Gestionnaire de PME pour comprendre mes erreurs. J’ai été recrutée par le groupe ORPEA comme Assistante Back Office. A la restructuration de la boite, je démissionne car je ne souhaitais pas évoluer sur la gestion d’un EHPAD.
Dans ma vie perso, je rencontre un Nez, qui arrive des Antilles. Il monte un studio olfactif et galère pour se développer. Disponible, je l’aide dans le développement commercial, puis dans la fabrication... Nous lançons une ligne de parfums 100% naturelle. Je crée le nom, le logo et l’histoire de cette ligne. Notre histoire durera une douzaine d’années.
Séparée puis licenciée, j’ai 52 ans et je découvre le nouveau marché de l’emploi.
Après 6 mois de recherche mais un peu éprouvée personnellement, je découvre le poste de chargée de culture et évènementiel dans une petite mairie. Un contrat de 2 mois, renouvelé 5 fois, je veux y croire. Mais, tout s’arrête pour des raisons politiques.
Je ne panique pas, j’ai un nouveau réseau et de l’expérience. Le combat commence.
Quels sont les freins à ton embauche, entends-tu depuis que tu recherches un nouveau poste ?
Le premier frein, c’est le “mouton à 5 pattes”. Votre profil nous intéresse mais il vous manque telle compétence…
Dans les postes de chargée de com’ ou événementiel, culture, attractivité du territoire qui ont été mes principales recherches, on me demande de l’infographie, de la vidéo, du drone… Je peux l’entendre, j’ai postulé à de petites mairies rurales dotés de petits budgets pour la communication. Alors j’ai demandé une formation à France Travail, qui a été refusée. J’ai hésité à l’auto-financer, j’aurais peut-être du.
Sur les candidatures plus alimentaires (désolée pour cette expression) pas un entretien !
Que puis-je en déduire ? l’âge !
J’ai postulé au Galerie Lafayette de Toulouse, pour un poste de responsable parfumerie de niche, réponse négative en moins de 24h par mail.
Combien d’enseignes puis-je nommer avec des réponses aussi rapides ?
Beaucoup trop !
Puis je passe sur les jobs dating avec peu d’offres, des jobs de 24h par semaine dans l’aide à domicile, des salons pro où l’on a l’impression que les entreprises présentes sont là pour faire de la pub…
Tu me disais “nous sommes invisibles et peu entendus”. Que veux-tu dire par là ?
Les médias, France Travail parlent de notre jeunesse, à nous les seniors, et à raison ! Nous avons un joli logo à disposition des entreprises qui soutiennent l’embauche des séniors. Mais finalement, voilà notre seule visibilité sur les réseaux.
France Travail nous propose des ateliers numériques, et sur la même affiche un atelier contre l’illettrisme. Les publications en ligne nous concernant, affichent des visuels de boomers…
Nous sommes invisibles avec nos forces, nos expériences et notre richesse.
Nous sommes invisibles quand le chômage s’arrête et que la précarité arrive fatalement.
Mais comment pouvons nous être invisibles quand on demande aux français de travailler plus longtemps ?? C’est un non sens !
Suite à mon premier post sur Linkedin, j’ai reçu beaucoup trop de témoignages, d’histoires comme la mienne.
Nous sommes invisibles car prendre la parole et afficher sa précarité ou sa détresse, c’est une humiliation de plus ! Nous sommes un coût pour la société.
Non actifs, nous devons nous reconvertir, accepter des salaires alimentaires, nous perdons chaque jour, chaque mois, un peu de dignité. Quand le mot RSA est enfin prononcé, c’est d’une extrême violence pour celles et ceux qui ont toujours travaillé.
Suite à ton post sur Linkedin, as-tu pu bénéficier de nouvelles opportunités ?
Je considère Linkedin comme une cooptation pro. Mes posts ont fait beaucoup réagir. De nombreux commentaires publics ou en MP, de nombreuses invitations. Beaucoup d’échanges avec des cabinets de recrutements ou de coaching. Pas d’offres concrètes pour l’instant. En fait, j’ai surtout touché les invisibles qui ont pris la parole, suite à mon message.
A présent, je quitte la région toulousaine pour la Bretagne. Peut-être ce nouveau réseau acquis suite à mes prises de parole sera à l’écoute de mes recherches.
As-tu un message à faire passer aux recruteurs, aux entreprises ?
Mon message : “retirez de vos ATS* l’âge, rencontrez nous ! Et n’oubliez pas, vous serez un jour le senior de quelqu’un !”
*ATS : ce sont les logiciels de recrutements qui font le tri dans les candidatures …
Malheureusement, la situation de Gwenaëlle n’est pas isolée. Je pense aussi à Cécile Molin, dans une situation presque identique…
On pourrait faire l’autruche et se dire que jamais cela ne nous arrivera. Mais on peut aussi être prendre conscience que la précarité des seniors est une réalité, celle des femmes encore plus et qu’il faut la dénoncer pour changer les choses. Et que peut-être, chacune dans notre réseau avons une personne qui peut aider Gwenaëlle ou Cécile …



C'est aussi mon cas, je vis bien en dessous du seuil de pauvreté! Je ne pensais pas qu'à plus de 50 ans, ma richesse intérieure serait un jour invisible et inutile à cette société profondément vidée de son sens.
Je suis dans la même situation. Je ne suis pas une femme mais on m’a expliqué que j’étais « racisé ». Ok bon. Une raison de plus pour disparaître sans faire de bruit.
Je nous appelle tous à nous rebeller. N’acceptons pas. Réunissons nous autour d’un collectif puissant. Nombreux nous serons entendus. Ça ne peut plus durer. Bises à toutes et tous. Mon cœur est avec vous.